Londres : équation à quarante inconnues.
Et j'peux te dire qu'en maths je suis une quiche lorraine alors hein.
Après avoir saigné du nez sans raison dans l'avion pour m'innonder mon t-shirt, parfait pour une première impression, après m'être fait prendre pour un con par un guichetier des transports en commun qui m'a vendu une mauvaise carte, après m'être tôlé avec toutes mes valises dans la rue, après m'être pris une amende parce que j'avais perdu mon ticket de train, après avoir été en sueurs dans le métro avec huit vestes sur le dos pour payer moins d'excédent bagage à l'aéroport, après avoir été en gros stress parce que je trouvais plus l'agence et que j'avais perdu le papier avec l'adresse, apres avoir failli me faire écraser par une quarantaine de voitures a cause de cette putain de circulation à gauche ; dans le métro pour aller à ma résidence, je me disais :
- Pourquoi t'es venu ? Pourquoi t'as été aussi con pour croire que tu pouvais y arriver ? T'y arriveras jamais. T'es pas sociable et tu sais pas parler anglais. Trois mois comme ça t'imagines ? Tu vas mourir ! Si tu tiens deux semaines, ce sera déjà un exploit. Ce soir, dans ton lit, tu prends une grande respiration, et tu pleures. Oui. Ca c'est bien. Tu vas voir ça va te faire évacuer tout ton stress de la journée. Et chaque soir tu fais pareil. Ce sera un rite. Tu vas voir tu vas morfler.
Tu vois ? Le moral c'était pas ça. Et en plus j'ai même pas pu attendre le soir pour fondre en larmes.
Ensuite, j'ai attendu deux heures dans le hall de la résidence que le gars qui devait me donnait les clefs arrive. Heureusement j'ai un peu sympathisé avec une fille, de Brive (!) qui allait faire droit (!) et là j'me suis dit "bon en fait c'est pas si terrible, elle a l'air gentille et puis les autres Français ont l'air gentils, le quartier il est joli et y a l'air d'avoir une bonne ambiance ici". Mais ensuite, le gars arrive :
- Nan en fait t'habites pas ici.
- ...
Une heure après il m'y a amené : c'était pas une résidence, c'était une petite maisonette. Avec plein de monde à l'intérieur. Des Français, des Italiens, des Espagnols... Une auberge espagnole quoi ! Là, le moral il est un peu remonté, je me suis dit, tout n'est pas complètement perdu, et mon camarade de chambre (hétéro) est plutôt sympa et essaye de me filer des tuyaux (tellement que je retiens rien, mais bon c'est gentil quand même).
Mais t'inquiète, je suis quand même déprimé. Ben oui, je suis pas sociable alors j'arrive pas à sortir de ma chambre. Mais demain, on peut passer au stade supérieur de la déprime : on passera à la partie professionnelle.
{mardi 5 juin 2007}


