- Je ne comprends pas pourquoi les homosexuels veulent avoir droit au mariage.
Cette phrase sans réelle importance prononcée par ma mère me fit froncer les sourcils alors que j'enfournais une bouchée de melon sur la terrasse de la maison.
- Hé bien... c'est parce qu'ils veulent avoir les mêmes droits que les autres, répondis-je simplement. Pour qu'on aille dans le sens d'une société égalitaire.
- Mais ils ont déjà le PACS, que veulent-ils de plus ?
- Oui, c'est vrai... Et les pauvres ont déjà du pain. Pourquoi voudraient-ils de la brioche ?
- Je parle sérieusement.
- Moi aussi. Le PACS n'est pas ce qu'il y a de mieux à l'heure actuelle.
- Oui, bien sûr, mais pourquoi veulent-ils avoir les mêmes droits que les couples hétérosexuels ? Enfin j'veux dire, pourquoi veulent-ils qu'il n'y ait pas de différences, alors qu'au départ il y a une différence !
- Mais non Maman, les couples homos qui veulent se marier s'aiment, comme les autres. A part le fait qu'ils soient du même sexe, il n'y aucune différence, ils s'aiment.
- Bien sûr que si il y a une différence ! Et de taille ! Je ne comprends vraiment pas pourquoi ils veulent ne pas être différenciés, alors qu'à l'origine ils ne sont pas comme les autres !
Première constatation : les homos ne sont pas normaux.
- Si, ils sont comme les autres, objectai-je, ils s'aiment, l'Amour qu'ils se portent l'un l'autre est le même, pourquoi leur refuserait-on de ne pas concrétiser leur amour de la manière dont ils le souhaitent ?
- Je pense que si cette loi sur la mariage homosexuel est votée, ce qui est inéluctable à l'heure actuelle, puisqu'on va forcément aller vers ça avec les évolutions dans les autres pays ; si cette loi passe, on va passer par une sorte de légalisation de l'homosexualité qui va entrainer forcément une augmentation du nombre de personnes homosexuelles. Parce que par exemple, il y a une vingtaine d'années, les personnes qui avaient de l'attirance pour le même sexe ne le montraient pas forcément parce que c'était tabou, mais là, les adolescents qui se cherchent, puisqu'on a tous une période où l'on se cherche plus ou moins, ne vont plus vraiment prendre le temps de réfléchir et vont se laisser tenter par ce côté là sans nécéssairement y avoir mûrement pensé.
Beaucoup trop d'informations d'un coup. Il fallait que je fasse le tri entre tout ça ; en gros, elle était en train de me dire que l'homosexualité était un choix. Et que, si l'on ne faisait pas le bon choix, on partait avec un handicap. Elle expliquait en fait également que, si l'on se révélait être gay, il vallait mieux le cacher et vivre brimer que de l'assumer et le vivre pleinement. Je décidai alors de la laisser parler de ce qu'elle ne comprenait ni ne connessait pas.
- A partir de ce moment-là, le visage de la société va forcément changer, et je pense qu'il faut se poser la question de savoir si c'est très bon... D'un point de vue éthique je veux dire. Nous sommes tout de même des mammifères qui, à l'origine, sont faits pour se reproduire, si l'on accepte le mariage, qui a tout de même été inventé pour qu'ensuite on puisse procréer, le mariage n'aura alors plus de sens.
Autres constations : l'homosexualité était contre-nature et, d'autre part, pour ma mère, le cadre traditionnaliste du mariage n'avait pas évolué. Si le mariage gay était permis, la société deviendrait décadente.
De pire en pire. Ma mère était homophobe et je ne le savais pas. Ma mère était homophobe et elle ne s'en rendait pas compte.
- Mais moi je n'ai pas forcément les réponses à ces questions ! fit-elle histoire de tenter de se dédouaner devant un fils silencieux et visiblement homo. Je dis juste qu'il faudrait se les poser avant d'aller trop vite ; quel impact cela pourrait avoir à long terme et réfléchir en terme de société et non d'individualité. Si chaque personne homosexuelle est heureuse grâce au mariage, c'est très bien, mais on doit aussi s'interroger sociétalement.
Je trouvais ce raisonnement illogique : chaque personne étant heureuse individuellement, assemblées entre elles, la société pourrait alors être autre que heureuse ?...
Après un instant de silence, fixé sur mon assiette, je réfléchissais sous le regard interrogateur de ma mère.
- Tu ne dis rien ?...
Non. Je ne disais rien. Essayer de raisonner quelqu'un qui était homophobe et qui ne s'en rendait pas compte avait autant de chance d'aboutir que de demander à un unijambiste de sauter à pieds joints.
Je préférais donc la laisser se bercer dans ses douces illusions et débarasser la table pour m'enfermer dans ma chambre.
