On the road again

On the road again
J'aurais pas pensé que ça me ferait tant de petits zigouigouis dans le ventre.

Même si j'aime pas ce mot, zigouigoui, ben c'est exactement ça que j'ai ressenti. Ma mère elle a dit je partais aux États-Unis en août alors je devais pas avoir mon appart' au mois de juillet. Un loyer pour rien, tout ça... Mais elle a pas compris que mon appart' c'était Le Repère. Le local des gens fêtards. Soit des gens qui veulent venir se bourrer la gueule pour pas cher, soit des gens qui sont déjà fin bourrés et qui cherchent un toit et un peu de chaleur. Oui, tu as compris, mon appart' c'est les Restos du C½ur.

Mais là c'est fini. Ma mère elle a dit on déménage. Alors on a déménagé. Avec la 106 Kid.

Ça nous a pris une semaine. Et pendant une semaine je pleurais toutes les demi-heures. Ma mère elle était là soi-disant pour me réconforter.
- Non mais c'est pas grave. C'est vrai c'est une page qui se tourne. Mais tu verras l'année prochaine, tu seras aux États-Unis, tu auras un nouvel appart', avec des colocataires. Bon, américains et que tu connais pas, mais ce sera cool ! Tu auras des cours en anglais, tu seras perdu, mais c'est ça qui est bon !
- J'veux plus partiiiir !

Oui, parce que le déménagement je l'ai fait avec ma mère. Qui s'était faite toute belle pour l'occasion.
- Regarde Maël les petites balerines que j'viens d'acheter !
- Mais. Maman. C'est... Non... Maman ! C'est des ballerines tecktonik !
- Je sais pas, mais elles sont belles hein ?
- Maman ! MAMAN ! C'est une chose venant de la mode tecktonik, tu ne peux pas me demander si c'est beau ! Tout article tecktonik revêt par définition une présomption de mocheté, c'est comme ça !

Et je n'aurais jamais imaginé que ce soit ma MÈRE, qui me fasse découvrir que l'émission Nouvelle Star faisait une marque de chaussures. Au secours.

On a déménagé pendant la semaine la plus chaude de tout l'été. Évidemment. Un troisième étage sans ascenseur je peux te dire qu'on a éliminé des toxines. Au début on était soigneux et tout. A la fin ma mère, dégoulinante comme un Gremlin en mutation (oui, mes comparaisons sont toujours flatteuses), me faisait :
- Vas-y fais glisser le carton !
- Heu mais là on arrive à la fin du palier, y a les escaliers.
- C'est pas grave, fais glisser !
- Mais c'est de la vaisselle !
- C'est pas grave, fais glisser !

Un manque de précautions qui contrastait avec sa parano-attitude habituelle. Qui n'a malheureusement pas disparue concernant la voiture. Les déménageurs, dans les vrais déménagements, ils laissent le camion ouvert entre chaque aller-retour entre le camion et l'appart'. Ma mère, elle, elle ferme à chaque fois. "On sait jamais" elle dit.
- On a mis des choses dans la voiture, on peut toujours nous les voler.
- Tu veux parler du congélateur ? Ou peut-être de la machine à laver ?

J'aurai au moins fait une découverte pendant ce déménagement. Toute machine à laver qui se respecte contient toujours une bonne grosse plaque de béton. Le problème c'est que je ne l'ai su qu'en arrivant en bas des trois étages, après m'être ouvert le bras et avoir redécoré la machine avec mon sang. J'me demandais bien aussi pourquoi c'était si lourd cette merde.

# Posté le lundi 14 juillet 2008 15:11

Modifié le mardi 15 juillet 2008 08:17

J'suis pas comme Lady Diana, je verrai le bout du tunnel

J'suis pas comme Lady Diana, je verrai le bout du tunnel
Comment ils font les autres ?

Les autres ils ont tous l'air insensibles. Genre une fois qu'une histoire est finie hop je la mets dans une boîte et la jette dans le Nil. Et ensuite y a une reine d'Égypte qui la récupère et c'est que naît...

Moïse.

Oui bon, c'est les vagues souvenirs que j'ai du dessin animé Le Prince d'Égypte, sois indulgent.

Moi mes boîtes elles s'empilent dans mon placard. Mais genre les boîtes elles sont déjà mal fermées au départ, ensuite elles se percent, et en plus le placard a une porte bancale. Mon sens de la métaphore m'impressionnera toujours...

Ce soir, Gossip Girl aurait pu écrire :
- Spotted*. G. et T. réunis en ville dans ce qui semble être une fin de soirée agréable. Mais comment ces deux upper east siders ont bien pu se rencontrer ? Une relation en commun ? Leur ex peut-être. King M. appréciera-t-il les cachoteries ?
Malheureusement on est à Limoges, je ne suis pas un king et Gossip Girl n'est pas là pour résoudre ce genre de mystère.

De toute façon, c'est une mauvaise période pour moi. C'est vrai ça faisait un an que j'étais heureux, que tout allait bien, c'était nul. Les gens qui regardaient la série commençaient à se faire chier. En même temps t'as vu la gueule du héros ? Toujours souriant, toujours poli, c'est emmerdant à la fin. En plus c'est un vrai gamin, regarde-le avec son Stabilo rose sur la gueule, il a pas l'air con ? Alors les scénaristes ils ont dit :
- Tiens on va d'abord lui foutre un petit flash à 53 km/h pour faire rigoler les ménagères de moins de cinquante ans. Ensuite on va lui foutre une engueulade avec son copain qui a peut-être une double vie de tueur à gages, ce qui conduira le couple au bord de la rupture, pour faire pleurer dans les chaumières et impressionner. Puis on va lui faire croire qu'il peut plus partir aux États-Unis pour finir la saison sur un gros suspense. Et enfin, pomponneau de la pomponette, on va lui foutre des vergetures sur la fesse gauche, que sa mère lui dira que même avec la chirurgie esthétique ça peut pas partir, pour l'achever.

Mais ça leur a pas suffit aux scénaristes. Pour l'audimat, ils ont fait faire des come-backs de personnages secondaires que les spectateurs ils aimaient bien dans les saisons précédentes. Et faut croire qu'ils avaient un budget colossal pour en faire revenir deux d'un coup ! Et puis pas n'importe lesquels attends. Les deux anciens big loves du héros, le nostalgique de tout. Et pour faire encore plus d'audimat, ils les font parler ensemble, de loin, devant le héros, sans rien montrer de plus. Et ça se finit comme ça. Bon ils ont juste oublié la pluie pour le petit plus mélodrame.

Alors là le spectateur, accroché à sa télécommande, se pose tout un tas de questions, et ne peut attendre jusqu'à la saison prochaine, alors il va sur internet pour voir les rumeurs à propos de cette étrange relation. Est-ce qu'ils étaient ensemble dans l'équipe de criquet à l'école et ne faisaient que se remémorer de bons souvenirs ? Est-ce qu'ils se sont rencontrés dans une partouze d'où ils sortaient tout juste ? Se sont-ils rencontrés sur je-suis-un-futur-homme-important-riche-et-intelligent-qui-joue-au-squash-et-qui-sauve-des-vies point com ? Mais surtout : ont-ils l'intention de suivre ensemble le même cours de papou-guinéen ?

Alors avec tout ça qui arrive tout d'un coup, moi, comment tu veux que je fasse ? Pourtant, ma devise, quand j'ai de la peine, c'est que je pense aux kurdo-tchétchènes. Mais là c'est pas gagné. Surtout qu'eux ils ont pas de vergetures, alors hein.


*repérés

# Posté le vendredi 18 juillet 2008 21:29

Modifié le samedi 19 juillet 2008 12:42

Observation clinique de la nature humaine

Observation clinique de la nature humaine
J'aime observer les gens dans les lieux publics.

Particulièrement dans les lieux bondés. C'est pour ça que j'aimais prendre le métro à Londres. Tellement de spécimens à disséquer.

Gare de Lyon. En deux heures d'attente entre mes deux trains, ça me laisse le temps d'observer.

Tu peux t'arrêter, et imaginer leur vie. Comme quand je m'ballade sur l'avenue, le c½ur ouvert à l'inconnu, avec l'envie de dire bonjour à n'importe qui, et que je m'imagine la conversation des gens qui passent à côté de moi à partir des deux ou trois mots que j'entends.

Au lycée, avec Marie-France, on s'amusait à débattre sur la vie de gens qu'on ne connaissait pas.
- Et lui ? Tu crois qu'il fait quoi dans la vie ?
- Agent de sécurité. Ou peut-être garde du corps, dans cette branche-là.
- Il a l'air épanoui. Je pense qu'il a une femme. Une toute petite femme, qu'il peut protéger. Une femme petite, et pleine de vie.
- Et il vient de fêter le premier anniversaire de leur fils unique.
- Ils doivent sûrement en attendre un deuxième...

Ici, c'est pareil.

Là, y a le gars en bermuda en face de moi qui vient de se voir confier la responsabilité de garder les valises de son voisin pendant que celui-ci part aux toilettes. Tout de suite, ce gars, qui était très concentré jusqu'ici sur son journal, prend cette tâche très à c½ur et fait désormais le guet en oubliant totalement son journal. Il a pris soin de poser une feuille de papier sur le carrelage avant de s'y assoir. Il était concentré sur la page mots croisés, qu'il remplissait jusqu'ici à une vitesse impressionnante. Quelqu'un de peu sûr de lui. A qui on a rarement fait confiance peut-être. Mais bien élevé, évidemment. Sa destination ? Sa maison. Il rentre d'une conférence à laquelle il a assisté. Peut-être sur le coefficient de traînées des pompons de tapis volant...

Cette femme, avec cette veste à carreaux de mauvais goût et cette coupe au carré stricte. Elle ne peut que provenir d'une maison de banlieue tranquille aux alentours d'une ville moyenne. Classe moyenne supérieur, qui aimerait se prendre pour la classe supérieure tout court. Mariée, deux enfants. Non, pas mariée. Divorcée. Récemment même ; marque blanche au niveau de l'annulaire gauche. Note à moi-même : penser à ne jamais divorcer durant les beaux jours. Elle vient chercher un de ses enfants revenant de vacances en bord de mer, mais le train a du retard... Dommage, pour quelqu'un qui ne jure que par la ponctualité.

L'homme est revenu des toilettes. Le guetteur responsable peut se replonger dans ses mots croisés, fier de sa tâche accomplie avec succès. Et en mangeant ses madeleines maison.

Et cette femme, à l'épaisseur de lunettes impressionnante, qui fouille la poubelle à cinq mètres de moi, appuyée sur sa canne. Et qui trouve mon sac plastique de chez Paul. Elle récupère la couenne du jambon que j'avais enlevé en rageant. "Même pas foutus d'enlever la couenne pour un jambon-beurre à 4,20"... Celle-ci ne prendra pas le train aujourd'hui...

Ce jeune de cité, accompagné de sa bande. Cette bande, qui vient de siffler une fille surchargée de bagages et de sacs à dos qui remontent sa jupe déjà trop courte. Le jeune, lui, ne réagit pas. Casquette vissée sur la tête et jean rentré dans une chaussette, il me donne l'impression d'un léger mal-être. Sûrement une plus grande sensibilité que les autres, mais une envie de rentrer dans la "normalité" et à se conformer aux codes de son monde qui le pousse à "s'intégrer" dans un environnement social qui ne lui convient pas. Ceux-là non plus ne sont pas là pour prendre le train.

Et ce monsieur, mon voisin dans la salle d'attente, qui louche sur mon ordinateur pour savoir ce que j'écris. Vous pouvez regarder ailleurs Monsieur ? Et surtout arrêter de mâcher votre sandwich la bouche ouverte sur mon oreille. Merci.

# Posté le samedi 19 juillet 2008 09:50

Modifié le lundi 21 juillet 2008 08:10

Dois-je créer un groupe de fans de Maël ? Du même niveau que celui de Cindy Sanders hein.

Dois-je créer un groupe de fans de Maël ? Du même niveau que celui de Cindy Sanders hein.
Facebook, c'est fou.

Tu te dis que c'est le truc qui te sert pas à grand-chose, mais que t'es trop un loser si t'y es pas inscrit.
- Hey mais j't'ai cherché sur Facebook, j'ai pas trouvé.
- Ah mais c'est normal parce que j'y suis pas, j'ai pas de connexion internet, c'est franchement trop nul ce genre de site qui te permet de ficher les gens... parce qu'en fait j'avais beaucoup trop d'amis et mon compte a bugué.

Et là tu passes pour le type trop sociable et trop populaire.

En fait Facebook c'est un peu comme les sites genre trombi.com ou copainsdavant.com. Ça me donne un peu envie de déposer enculesdaujourdhui.com ou connardsdedemain.com. Tout ça pour retrouver tes amis perdus de vue et qui n'en ont plus rien à foutre de ta gueule. Des gens avec qui t'as plus rien à partager, à part peut-être une partie de jambes en l'air pour certain(e)s. Pouvoir assouvir les fantasmes que tu n'osais pas réalisé quand tu étais un ado pré-pubère à l'heure des premiers émois du bas-ventre. En fait, le sous-titre de copainsdavant ça devrait être "plans culs de maintenant".

Sur Fesse book donc, tu retrouves ton amour de maternelle, ou ta meilleure amie de primaire avec qui tu t'étais déchiré parce que Lucille elle avait volé les pogs à Marion qui m'avait dit de plus te parler. Et là, tout content, tu vas leur parler, et tu te sens minable. Oui parce que, tout comme dans les réunions d'anciens élèves à l'américaine où il n'y a que les gens qui ont réussi qui viennent, là, il n'y a que les gens qui ont réussi qui te recontactent.

C'est comme ça que t'apprends qu'à tout juste vingt ans, tu peux être sur le point d'être nommé PDG de GDF-Suez, ou d'autres trucs dans le genre :
- Je suis en train de monter ma boîte ça va trop cartonner j'ai déjà plein de clients potentiels.
- Je suis major de promo à Science Po Paris et je viens d'avoir le concours de l'ENA haut la main.
- Je suis l'assistant personnel de Josh Hartnett, j'ai une vie trop dure.
- J'ai un petit boulot en intérim de voyageuse dans le temps, d'ailleurs je pars hier pour retrouver Delacroix. Par contre j'ai fait une bourde, tu le répètes pas, il m'a foutu sur sa peinture de la liberté qui ramène le peuple j'sais pas trop . Ouais, c'est moi la meuf aux nichons qui pointent. Vive la réputation que j'me tape.


Mais Facebook, c'est mieux que copainsdavant quand même. Parce qu'en plus tu peux faire des tests trop constructifs ! Genre :
- Quel âge avez-vous réellement ?
- Quel pokémon es-tu ?
- Quel sort on t'a jeté à ta naissance ?
- Quel Monsieur Bonhomme es-tu ?
- Combien de temps survivrais-tu dans un film d'horreur ?
- Quel Kinder es-tu ?
- Pour quelle raison finiras-tu par assassiner tes amis ?

Parce que tout le monde est un assassin dans l'âme.
- Quelle est votre maladie mentale cachée ?
Ou comment remplacé un bon médecin psychiatre par un questionnaire à la con ?
Ou encore, un test bourré de fautes d'orthographe qui s'intitule :
- Quel degré d'intelligence as-tu ?
Ou, tout simplement :
- Es-tu beau ?
En somme, un concentré d'intelligence, d'utilité et d'aide à l'introspection.

Tu peux en plus être inscrits dans des groupes qui te mèneront loin. Le club des gens anti-slim pour les hommes par exemple (j'avoue, j'en fais partie), il doit aussi y avoir une armada de groupes anti-tecktonik ou anti-Tokio Hotel (j'avoue, j'ai envie d'en faire partie). Mais il y a également des groupes qui lancent de réels débats de société, comme savoir qui de Batman ou de Superman est le plus fort (Superman, incontestablement), ou des débats qui illustrent la guerre idéologique féroce opposant les aficionados de Quick aux partisans de MacDo (dont je fais évidemment partie). Et enfin, il y en a d'autres, qui ont comme vocation manifeste de faire découvrir la culture aux plus indigents, comme le fan club de Ketty Bigotte ou le groupe des gens qui tournent leur oreiller sur le côté froid pendant la nuit.
- Groupe Facebook : Pourquoi je tombe TOUJOURS sur le wagon de cas sociaux dans les trains ?!
Ah, celui-là il est pour moi !

# Posté le dimanche 27 juillet 2008 11:50

Modifié le jeudi 07 août 2008 18:35

"Entraînement à la vie sociale" par Maël Coutand - Première leçon : ne jamais dire non

"Entraînement à la vie sociale" par Maël Coutand - Première leçon : ne jamais dire non
Décidément, le train, haut lieu de socialisation.

Mise en situation : espèce de TER, wagon se situant approximativement entre la quatrième et la cinquième classe. Bondé, évidemment, sinon c'est pas drôle. Le fameux "chassé-croisé" de l'été comme ils disent alors que c'est encore un mot que je déteste.

A moitié
assis entre le cadran d'un vélo, une machine à laver (?) et un homme. C'est cet homme qui va jouer un rôle dans l'article. Pas la machine à laver par contre, ça ça doit être une incohérence scénaristique.

L'homme en fait il a dix-huit ans, il s'appelle Damien (toujours pratique les gourmettes), il est grand, blond, yeux bleus, et il a un piercing à la lèvre. Oui c'est moche, mais ça peut être l'indice d'une sexualité déviante. Alors moi, forcément, j'essaye d'étudier le personnage pour voir s'il mérite vraiment d'aller en Enfer. Et puis en plus notre promiscuité forcée m'y pousse. J'aurais pu étudier la sexualité de la machine à laver mais tu m'accorderas que c'est carrément moins intéressant.

A un moment, je crois qu'il a tenté un contact conversationnel avec ma personne.
- Putain fait chier tout ce monde, j'suis trop vénèr...
-
/je crois qu'il faut que je dise quelque chose/ ... Heu. Haha, ouais. Fait chier...
- ...
- Héhé...

J'ai pas dû être très convaincant puisqu'il ne m'a plus parlé pendant deux heures.

Deux heures après donc, tels de virils bonbons de bonheurs évacuant leur substance sucrée, le train s'est vidé. C'est là qu'il m'a dit en se levant :
- Y a de la place là-bas, dans le wagon seconde classe.
Queuwa ? Il m'invite à se déplacer avec lui dans un wagon plus confortable ?!

J'ai donc quitter ma machine à laver à regret pour aller m'assoir sur un vrai siège. En face de cet homme. Mais niveau conversationnel, plus rien. Jusqu'à ce que le deuxième beau gosse arrive. Guillaume. Lui, il était pas gay, c'est sûr. Mais le contact passait bien entre eux, alors forcément en étant à côté j'étais obligé de participer à la conversation.
- Qu'est-ce que tu fais dans la vie Guillaume ?
- Moi j'viens de rater mon bac, donc je vais retrouver des potes à Lacanau et je vais le repasser par correspondance. Et toi Maël ?

Bon, c'est le seul moment où je vais pouvoir me la péter un peu pendant la conversation, faut que j'en profite :
- Je pars faire ma première année de master de droit aux États-Unis dans dix jours.
- Et toi Damien ?
- Je pars vivre aux États-Unis définitivement, je vais y rejoindre ma mère. Je prends l'avion ce soir.

-_- Faut toujours qu'il y en ait qui fassent leur intéressant...

Puis la conversation a légèrement dévié. Je me suis dit au départ que c'était bien, qu'il fallait que je m'entraîne à me socialiser avant les States, mais à la fin j'arrivais plus à suivre.
- Putain l'autre fois j'étais tellement bourré que j'ai vomis partout dans la barraque de mon pote et ensuite j'ai failli tuer mon ex à coup de couteau de cuisine !
Je précise qu'environ tout le train nous écoutait. Hem.
- Ah ouais moi aussi la dernière fois j'avais bu deux bouteilles de vodka avec ma meuf et on a fait mais complètement n'importe quoi ! Genre mes potes ils m'ont raconté le lendemain que je l'avais baisé sur le balcon de l'appart' devant tout le monde !
Ok, Damien n'est pas gay.
- Et toi Maël, t'as fait des trucs dans ce genre ?
- Moi heu... Haha...

J'étais tiraillé entre le besoin de me socialiser avec deux beaux gosses et l'envie de passer pour le jeune homme modèle aux yeux du reste du wagon.
- Tu nous as dit que ça t'arrivait d'être bourré, raconte-nous !
- Haha... Heu... Ouais heu... Une fois j'ai heu... j'étais tellement bourré que j'ai... héhé... cueilli des fleurs sur la plate-bande d'un jardin public ! Haha...
- ...
- Ha... Ouais...

Try again.

- Putain j'ai une de ces soifs !
- Ha ben tiens si tu veux j'ai à boire dans mon sac.

Et là. Guillaume sort... la bouteille de Malibu.
- Wouah trop cool merci !
- T'en veux Maël ?
- Heu... il est un peu seize heures là heu... et tout le monde nous regarde donc heu... non pas vraiment. Merci hein.
- Si tu veux j'ai une bouteille de tequila sinon !
- Ha ha, ouais par contre ça je veux bien !
- Ok.
- Non mais je...
- Tiens.
- ...rigolais...

Me voilà avec la bouteille de tequila dans les mains. Et les regards des huit vieux de l'autre côté de la travée centrale, qui se disent "fait-il partie de la jeunesse dépravée ? va-t'il boire au goulot une bouteille de tequila dans un TER, à proximité d'enfants en bas-âge ?".
- Ben tu bois pas Maël ?
- Hein ? Hem... Heu. Haha...

C'est définitif, j'irai en Enfer. Et c'est définitif, je déteste le goût de la tequila. J'ai dû épuiser toute mon énergie de la journée à contenir l'énorme grimace qui voulait s'exprimer lorsque la boisson m'arrachait le système bucco-digestif.
- Ca fait du bien hein ? Par cette chaleur.
- Oh oui !

Par ces simples deux mots, j'ai dû effectuer ma plus piètre prestation théâtrale.

Je pensais pas que ça pouvait être pire. Mais si.
- Ouais et donc l'autre fois j'ai pris des champi, fumé 4 buzz, pris deux taz, trois cartons, j'étais mais déchiré quoi !
- Ah ouais quand même tu t'es déchaîné ! Mélanger taz et cartons faut en vouloir !

Là, tous les regards se tournent vers moi pour savoir ce que j'ai à dire sur le sujet.
- Heu... Ouais moi aussi j'ai... pris des cartons... pendant mon déménagement... Hem.

Et on est tombé encore plus bas, lorsque...
- Tiens, regarde ce que j'ai aussi...
Qu'est-ce qu'il va nous sortir de son sac encore ? Un DVD porno ? Un rail de coke ? Une combinaison en latex ?
- Tiens sens ça...
Non, c'était juste un petit truc entouré d'aluminium. Au visage de Damien quand il l'a senti, je dirais que ce petit truc là devait avoir de la valeur.
- Ouah putain c'est de la bonne là. Tiens sens Maël.
- Ha... Ouais...
/c'est quoi ?.../ *snif* Putain ouais c'est clair que ça doit être trop de la bonne !

- Grave ! Bon tu trinques ? Tu bois pas beaucoup j'trouve !
C'est-à-dire qu'en fait je voudrais pas arriver bourré à la gare. C'est ma mère qui vient me chercher...

J'étais au plus bas de ma côte de popularité auprès des vieux. Moi qui suis d'habitude le petit-fils modèle que tous les grands-parents aimeraient avoir. Damien, avec sa bouteille de Malibu, m'a fait prendre conscience à quel point je dois être soûlant (c'est le cas de le dire) en soirée quand, toutes les cinq minutes, je fais à Tif :
- Alleeeeeeeez on trinque !!!
Il m'a même fait à un moment :
- Alleeeeeeeez cul sec !
- Heu. C'est-à-dire que là je bois à la bouteille en fait...


Heureusement que ma mère avait du retard. J'ai dû bouffer trois jambon-beurre à la gare pour masquer mon haleine d'alcoolique malgré moi.

# Posté le jeudi 07 août 2008 18:31

Modifié le vendredi 08 août 2008 11:14