Décidément, le train, haut lieu de socialisation.
Mise en situation : espèce de
TER, wagon se situant
approximativement entre la quatrième et la cinquième classe. Bondé,
évidemment, sinon c'est pas drôle. Le fameux "
chassé-croisé" de l'été comme ils disent alors que c'est encore un mot que je
déteste.
A moitié assis entre le cadran d'un vélo, une
machine à laver (?) et un homme. C'est
cet homme qui va jouer un rôle dans l'article. Pas la machine à laver par contre, ça ça doit être une
incohérence scénaristique.
L'homme en fait il a dix-huit ans, il s'appelle
Damien (toujours pratique les gourmettes), il est grand, blond, yeux bleus, et il a un
piercing à la lèvre. Oui c'est moche, mais ça
peut être l'indice d'une sexualité
déviante. Alors moi,
forcément, j'essaye d'étudier le personnage pour voir s'il mérite vraiment d'aller en
Enfer. Et puis en plus notre promiscuité forcée m'y pousse. J'aurais pu étudier la sexualité de la
machine à laver mais tu m'accorderas que c'est carrément moins intéressant.
A un moment, je crois qu'il a
tenté un contact conversationnel avec ma personne.
- Putain fait chier tout ce monde, j'suis trop vénèr...
- /je crois qu'il faut que je dise quelque chose/ ... Heu. Haha, ouais. Fait chier...
- ...
- Héhé...J'ai pas dû être très convaincant puisqu'il ne m'a
plus parlé pendant deux heures.
Deux heures après donc, tels de virils bonbons de bonheurs évacuant leur substance sucrée, le train s'est
vidé. C'est là qu'il m'a dit en se levant :
- Y a de la place là-bas, dans le wagon seconde classe.Queuwa ? Il m'invite à se déplacer avec lui dans un wagon plus confortable ?!
J'ai donc quitter ma machine à laver
à regret pour aller m'assoir sur un
vrai siège. En face de cet homme. Mais niveau conversationnel,
plus rien. Jusqu'à ce que le
deuxième beau gosse arrive.
Guillaume. Lui, il était
pas gay, c'est sûr. Mais le contact passait bien entre eux, alors forcément en étant à côté j'étais
obligé de participer à la conversation.
- Qu'est-ce que tu fais dans la vie Guillaume ?
- Moi j'viens de rater mon bac, donc je vais retrouver des potes à Lacanau et je vais le repasser par correspondance. Et toi Maël ?Bon, c'est le
seul moment où je vais pouvoir me la péter
un peu pendant la conversation, faut que j'en profite :
- Je pars faire ma première année de master de droit aux États-Unis dans dix jours.
- Et toi Damien ?
- Je pars vivre aux États-Unis définitivement, je vais y rejoindre ma mère. Je prends l'avion ce soir.-_- Faut toujours qu'il y en ait qui fassent leur
intéressant...
Puis la conversation a
légèrement dévié. Je me suis dit au départ que c'était bien, qu'il fallait que je m'
entraîne à me socialiser avant les States, mais à la fin j'arrivais
plus à suivre.
- Putain l'autre fois j'étais tellement bourré que j'ai vomis partout dans la barraque de mon pote et ensuite j'ai failli tuer mon ex à coup de couteau de cuisine !Je précise qu'environ
tout le train nous écoutait. Hem.
- Ah ouais moi aussi la dernière fois j'avais bu deux bouteilles de vodka avec ma meuf et on a fait mais complètement n'importe quoi ! Genre mes potes ils m'ont raconté le lendemain que je l'avais baisé sur le balcon de l'appart' devant tout le monde !Ok, Damien n'est
pas gay.
- Et toi Maël, t'as fait des trucs dans ce genre ?
- Moi heu... Haha...J'étais tiraillé entre le besoin de me
socialiser avec deux beaux gosses et l'envie de passer pour le jeune homme
modèle aux yeux du reste du wagon.
- Tu nous as dit que ça t'arrivait d'être bourré, raconte-nous !
- Haha... Heu... Ouais heu... Une fois j'ai heu... j'étais tellement bourré que j'ai... héhé... cueilli des fleurs sur la plate-bande d'un jardin public ! Haha...
- ...
- Ha... Ouais...Try again.
- Putain j'ai une de ces soifs !
- Ha ben tiens si tu veux j'ai à boire dans mon sac.Et là. Guillaume sort... la bouteille de
Malibu.
- Wouah trop cool merci !
- T'en veux Maël ?
- Heu... il est un peu seize heures là heu... et tout le monde nous regarde donc heu... non pas vraiment. Merci hein.
- Si tu veux j'ai une bouteille de tequila sinon !
- Ha ha, ouais par contre ça je veux bien !
- Ok.
- Non mais je...
- Tiens.
- ...rigolais...Me voilà avec la
bouteille de tequila dans les mains. Et les regards des
huit vieux de l'autre côté de la travée centrale, qui se disent "
fait-il partie de la jeunesse dépravée ? va-t'il boire au goulot une bouteille de tequila dans un TER, à proximité d'enfants en bas-âge ?".
- Ben tu bois pas Maël ?
- Hein ? Hem... Heu. Haha...C'est
définitif, j'irai en Enfer. Et c'est
définitif, je
déteste le goût de la tequila. J'ai dû épuiser toute mon énergie de la journée à contenir l'
énorme grimace qui voulait s'exprimer lorsque la boisson m'
arrachait le système bucco-digestif.
- Ca fait du bien hein ? Par cette chaleur.
- Oh oui !Par ces
simples deux mots, j'ai dû effectuer ma plus
piètre prestation théâtrale.
Je pensais pas que ça pouvait être pire.
Mais si.
- Ouais et donc l'autre fois j'ai pris des champi, fumé 4 buzz, pris deux taz, trois cartons, j'étais mais déchiré quoi !
- Ah ouais quand même tu t'es déchaîné ! Mélanger taz et cartons faut en vouloir !Là, tous les regards se tournent vers
moi pour savoir ce que j'ai à dire sur le sujet.
- Heu... Ouais moi aussi j'ai... pris des cartons... pendant mon déménagement... Hem.Et on est tombé encore plus bas, lorsque...
- Tiens, regarde ce que j'ai aussi...Qu'est-ce qu'il va nous sortir de son sac
encore ? Un DVD porno ? Un rail de coke ? Une combinaison en latex ?
- Tiens sens ça...Non, c'était
juste un petit truc entouré d'aluminium. Au visage de Damien quand il l'a senti, je dirais que ce petit truc là devait avoir de la
valeur.
- Ouah putain c'est de la bonne là. Tiens sens Maël.
- Ha... Ouais... /c'est quoi ?.../ *snif* Putain ouais c'est clair que ça doit être trop de la bonne !- Grave ! Bon tu trinques ? Tu bois pas beaucoup j'trouve !C'est-à-dire qu'en fait je voudrais pas arriver
bourré à la gare. C'est ma
mère qui vient me chercher...
J'étais au
plus bas de ma côte de popularité auprès des vieux. Moi qui suis d'habitude le petit-fils
modèle que
tous les grands-parents aimeraient avoir. Damien, avec sa bouteille de
Malibu, m'a fait prendre conscience à quel point je dois être
soûlant (c'est le cas de le dire) en soirée quand, toutes les cinq minutes, je fais à Tif :
- Alleeeeeeeez on trinque !!!Il m'a
même fait à un moment :
- Alleeeeeeeez cul sec !
- Heu. C'est-à-dire que là je bois à la bouteille en fait...Heureusement que ma mère avait du retard. J'ai dû bouffer
trois jambon-beurre à la gare pour masquer mon haleine d'
alcoolique malgré moi.